Les eaux usées mondiales

Un peu d'histoire et d'autres solutions alternatives à celles de toujours


Publié pour Développement Durable le 2008-03-26
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BAIGNADE NATURELLEPISCINE NATURELLE

Il est possible, comme dans la plupart des domaines, de trouver des théories alternatives séduisantes, promues par des gens pleins de bonnes intentions. Ainsi en matière de collecte et de traitement des eaux usées, il est proposé d'abandonner nos systèmes centralisés d'assainissement (qui sont présentés comme totalitaires) et de développer des solutions autarciques.

Avant toute chose il convient de garder en mémoire l'histoire de l'assainissement. Si Rome était équipé d'égout (cloaca maxima dès 600 avant JC), l'assainissement a connu un développement fort au moment des politiques hygiénistes et des découvertes du rôle des micro-organismes. Pasteur met fin à une idée reçue de l'époque (vers 1870) : il n'y a pas de génération spontanée, "c'est une chimère".

Les épidémies de choléra du 19ème siècle vont véritablement permettre de mobiliser les énergies et les financements pour aboutir à la constitution de réseaux de collecte des eaux usées pour les faire sortir des zones urbaines et ainsi limiter les contacts oraux-fécaux. A Londres en 1854, le docteur John Snow démontra que tous les cas de cholera étaient liés à l'utilisation d'une fontaine contaminée par les égouts.

En 1892, le scientifique Robert Koch établi le lien formel entre la bactérie présente dans l'eau et la maladie. Jusque là, les eaux grises (eaux de lavage) sont drainées comme les eaux de pluie, plus ou moins en surface, et des fosses accumulent les eaux noires, vidées par des porteurs.

On peut d'une certaine manière considérer que les notions de 'déchets', 'd'assainissement' ont été crées de toute pièce, inventées à la fin du 19ème siècle. Jusqu'à la fin du 19ème siècle, la ville est source de matière première : les boues des rues sont collectées et valorisées en agriculture pour amender les sols, les vidanges des fosses font l'objet d'une concurrence sévère car elles représentent un engrais intéressant...

La mise en œuvre du tout- à- l'égout, la généralisation de la distribution de l'eau potable vont diluer les vidanges et compromettre leur valorisation. Le début du 20ème siècle voit ainsi les engrais minéraux supplanter progressivement les engrais organiques.

La densité des constructions, le pavage des rues, augmentent les quantités d'eaux qui ruissellent, et le sol ne peut plus infiltrer les quantités collectées. Le développement de la distribution d'eau potable, l'accroissement des consommations engendrent une production des eaux grises. Des égouts sont construits, mais sans raccorder les toilettes, jusqu'au milieu du 19ème siècle.

Le mouvement des entreprises de vidange sont incessants, gênants, dangereux et coûteux (les paysans se détournent de cette source d'engrais au profit de produits moins couteux et mieux équilibrés), les fosses ne sont pas totalement étanches, et les nappes sont polluées, les puits d'alimentation en eau sont alors contaminés. La croissance des villes conduit également à saturer les rivières, et la pestilence contraint également à entamer des travaux. On relate ainsi que durant l'été 1858 le parlement Britannique du suspendre ces travaux du fait de la puanteur venant de la Tamise.

La nécessité de traiter ces eaux usées collectées est apparue, champs d'épandage dans un premier temps, puis stations de traitement avec une production de boues, valorisées dans l'agriculture autant que possible.

Un certain nombres de pays européens ont cependant fait évoluer cette position (Allemagne ), tandis que dans certains pays en voie de développement, il est d'usage de disposer d'un réservoir d'eau de pluie. L'eau de pluie devient un complément de ressource pour certains usages. Dans le ecoquartier BedZed, dans la banlieue de Londres, les efforts ont portés sur les économies d'eau (environ 100 litres/jour/personne contre 170 litres/jour/personne à Londres en moyenne) et seulement environ 15% de l'eau utilisée provient de l'eau de pluie récupérée (pour les WC).

La densité des constructions dans les agglomérations justifie les systèmes d'assainissement collectifs pour la problématique des eaux noires et grises. Les eaux grises nécessitent également de la place pour être traitées convenablement, et un exutoire. Les toilettes sèches sont donc des solutions pleinement envisageables en habitat dispersé, avec jardin.

Les prototypes développés (wc sous vide, centrale de production de méthane, ...) ne fonctionnent pas encore, et ont des coûts trop élevés par rapport aux systèmes collectifs pour être mis en place. La récupération des excreta pour l'agriculture nécessiterait dans tous les cas de la nécessité pour l'agriculture de disposer d'un tel engrais.

Face à l'enjeu des urbains 'pauvres', des techniques 'low cost' ont été développées, on parle de 'condominial sewerage', de 'simplified sewerage'. Ces techniques visent à limiter l'investissement public, et à baisser les standards pour la réalisation.

Le mouvement de concentration dans les villes semble être un mouvement de fond, et l'empreinte écologique d'un urbain n'est pas de façon évidente supérieure à celle d'un habitant d'une maison isolée (transports, consommation énergétique, consommation d'espace naturel...). A population équivalente, une ville dense bien gérée est probablement plus acceptable pour l'environnement qu'un habitat dispersé qui morcelle le paysage.

 

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