Y a du barouf entre le topinambour et la carotte ! Sortez les chrysanthèmes pour les pesticides et désherbants. La guerre est déclarée aux phytosanitaires chimiques. Dans les jardins, on ne jure plus que par le naturel. Illustration : le ravissant « jardin au naturel », présenté par le lycée horticole du Grand-Blottereau, à l'occasion de la « Folie des plantes », grande expo-vente doublée d'animations qui a débuté hier, à Nantes.
Jérome Poureau et Jocelyne Ropars, deux enseignants du lycée horticole, nous livrent les « commandements » de base d'un jardin au naturel. « Au naturel » et non « jardin naturel », qui, par définition, n'existe pas : « Entre les deux, il y a un jardinier qui apprivoise la terre. » Ne pas confondre, non plus, ce jardin écologique avec le jardin biologique qui l'est depuis la graine et répond à un cahier des charges très strict.
La terre tu respecteras. « On travaille en symbiose avec la nature en respectant ses équilibres naturels. » On bannit les engrais ou fertilisants de synthèse au profit du fumier, du compost, du BRF (bois raméal fragmenté). Ce sont des copeaux de bois verts qui se dégraderont rapidement. Il est bon, aussi, de nourrir le sol en le recouvrant de févrole, de seigle, de luzerne ou de trèfle... Qu'on retournera avec la terre à l'automne.
La diversité des plantes tu oseras. C'est bon pour l'écosystème car, à chaque type de plante, est associé un type de faune. S'il y a des pucerons, il y aura des coccinelles qui mangeront les pucerons, etc. On plantera une capucine, qui attire les pucerons, à côté d'une plante que l'on veut préserver.
La faune tu respecteras. Il faut accepter un crapaud dans son jardin qui mangera les limaces. Le hérisson qui consommera des verres et des insectes. La petite taupe ? Se servir de la terre qu'elle amasse et, au pire, la chasser avec une plante comme l'euphorbe.
Ton insecticide tu fabriqueras. Préconisés et bons pour la terre, le purin d'ortie, de prèle ou de consoude (de Russie, le top) aux effets répulsifs et stimulants car source d'azote. On les réalise soi-même en faisant macérer les plantes dans de l'eau, de pluie de préférence. Bref, on redécouvre les propriétés des plantes.
Les cultures tu alterneras. Les anciens le savaient : on ne cultive pas des plantes qui ont les mêmes besoins nutritifs... Ne pas semer de l'ail là où il y a eu des échalotes. Et on joue sur de bonnes associations. Exemples : oeillets-tomates, lin-pommes-de-terre, fraisiers-poireaux...
Un autre regard tu auras. « Il faut accepter d'avoir un jardin qui ne soit pas clean », note Jocelyne Ropars. Une remarque qui fait écho à Jean-François Cesbron, responsable du Service des espaces verts de Nantes, qui tend vers le zéro désherbant : « Les gens doivent avoir un autre regard sur les espaces verts. » Ce sera comprendre qu'on ne désherbe plus le pied de l'arbre. Ou que les rives de la Loire, sur l'Île de Nantes, soient laissées à la nature...